Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 09:09
FEDERICO GARCIA LORCA
Chante, rossignol, chante !

Andalousie, passion, sang, flamenco et poésie. 70 ans que le rossignol à la plume d'or n'est plus sur sa branche et pourtant il chante et nous enchante encore de ses vers envoûtants.

Né un jour de juin 1898 à Fuente Vaqueros, le "rossignol andalou" a passé son enfance dans la province de Grenade. Poète, dramaturge, musicien et peintre, Federico Garcia Lorca a transcendé les genres pour explorer les tréfonds de son âme et de sa sensibilité andalouses. Menant son combat en faveur des plus démunis, il a puisé sa force dans sa connaissance du peuple et de sa culture. Portant très haut la bannière de l'art populaire, les yeux émerveillés, l'esprit ouvert, le coeur généreux, Lorca fait figure d'avant-gardiste, sorte de romantique décadent.


Au commencement fut la musique

La poésie de Lorca est un torrent. La musique en est son lit. Celle-là s'évertuant à porter gracieusement celle-ci. "Avec les mots, on dit des choses humaines ; avec la musique, on exprime ce que personne ne connaît ni ne peut définir mais qui existe plus ou moins fortement en chacun de nous. La musique est l'art par nature", avoue Lorca. Les murs de sa maison en sont imprégnés. Sans cesse y tourne le gramophone familial. Bercé aux sons des douces chansons inspirées de la vie rurale, Lorca éprouve très tôt sa sensibilité d'artiste. "Mon enfance a consisté à apprendre les lettres et les chansons avec ma mère, à être un enfant savant dans le village, un "autoritaire"". Bien plus tard, c'est sa rencontre et son amitié avec le guitariste Manuel de Falla qui orientera définitivement son chant vers le folklore musical de sa terre natale.


Lorca, libérateur de l'âme andalouse

Aux côtés du musicien, Lorca s'imprègne sans retenue des chansons ancestrales de son pays. Plus fort encore, de cette amitié naît l'engagement de toute sa vie : oeuvrer à la renaissance de l'expression la plus pure de l'émotion espagnole et andalouse, le flamenco. Lorca s'évertuera en permanence d'en nourrir l'ensemble de ses réalisations artistiques et de développer une nouvelle considération morale pour cette musique qu'il perçoit comme la quintessence de l'expression populaire.

Parmi les chants flamenco, il en est un plus intime, plus intérieur que les autres. Le cante jondo ou "chant profond". Lorca en parle mieux que personne : "Il s'agit d'un chant purement andalou (…). C'est profond, véritablement profond, plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le coeur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu'il est presque infini. (…). Il n'y a rien, absolument rien de comparable en Espagne, que ce soit au niveau du style, de l'atmosphère ou de la justesse de l'émotion (…)." (1)

C'est avec un ravissement non dissimulé que Lorca se laisse enivrer par son élégance authentique. Il est notamment à l'origine du premier concours de cante jondo organisé à Grenade en 1922. Il y obtient la reconnaissance des intellectuels pour ce chant jusqu'ici proscrit aux marges des langages artistiques espagnols.


Vers un art "primitif andalou"

Lorca apparaît dès lors comme l'organe vital d'une démarche artistique moderne et progressiste, consistant à (sup)porter cette expression séculaire pour en dégager les fondements d'un art "primitif andalou". Expression la plus archaïque de l'identité andalouse, le poète veut sortir le cante jondo de la marginalité et du discrédit dans lesquels il croupit depuis trop longtemps. Un retour à ses origines lui permet de justifier la gratitude légitime qu'il mérite. "Nous devons [aux tribus gitanes] la création de ces chants, âme de notre âme ; nous leur devons les gestes rituels de la race, la construction de ces chemins lyriques par lesquels s'envolent tous les maux."

Avec Federico Garcia Lorca, le flamenco acquiert une force universelle et libératrice. Son recueil 'Romancero gitan' en est l'illustration la plus accomplie. Avec ce morceau de poésie musicale, la culture populaire la plus ancestrale prend ses lettres de noblesse. Le génial rossignol transcende le flamenco en tant que musique populaire anecdotique pour en extraire un nouvel élan créateur.


Vers un nouvel état émotionnel de l'esprit créateur

Faire fi de la forme et du style au profit d'une expression artistique plus instinctive, immédiate, afin de révéler nos émotions les plus pures. Lorca s'engage alors totalement sur la voix ouverte par l'impressionnisme, prolongée par l'expressionnisme et parachevée par le surréalisme, dont il se fait un illustre représentant. Dans l'art, on ressent souvent les choses sans pour autant pouvoir les expliquer. Dans le flamenco, cette magie est le duende, sorte d'esprit follet s'invitant aux rassemblements andalous autour de la danse et des chants flamenco. Lorca met en place toute une étude à ce sujet (2). Garcia Lorca déclare le rencontrer "endormi dans les ultimes chambres du sang", là où l'émotion est à son comble et où repose l'essence pure de l'homme andalou.

Habité de ce charme mystérieux et indicible, le cante jondo est un art libre qui vit et évolue au-delà même de l'artiste. Le "cantaor" emprunte et interprète, à l'écoute de ses sensations. Mais au final, "les poèmes du cante jondo ne sont de personne." Dans ce nouvel écrin, entre conscience et subconscience, le chant primitif andalou revit et prend place au panthéon des plus grandes expressions artistiques.


Des livres et du théâtre

Cette obstination acharnée de Lorca à revaloriser la culture populaire procède d'un autre combat, plus vaste encore. Dans la république espagnole balbutiante, le grand poète de la nation défend vigoureusement le droit de chacun à accéder au savoir. En 1932, Lorca le dramaturge monte son projet de 'La Barraca', une troupe de théâtre itinérante et gratuite. De village en village, elle présente à un public populaire, le plus souvent illettré, les grandes oeuvres du répertoire espagnol. Un triomphe !

Avant d'être économiques, pense-t-il, les revendications doivent être culturelles. Du pain pour vivre, mais pas "en esclaves d'une terrible organisation de la société." Dans sa pièce de théâtre 'La Maison de Bernarda Alba', Garcia Lorca nous emmène au coeur d'un foyer andalou composé exclusivement de femmes et subissant l'autorité tyrannique de leur mère. Les quatre murs de la maison se dressent alors de toute leur hauteur, symbole de l'enfermement dont souffre la société espagnole.

Lorca veut un peuple fier de sa terre, conscient de son existence et de sa culture. Avant de prier pour qu'une pluie divine vienne arroser ses semis ou pour qu'un soleil dore généreusement ses champs de vignes, un homme doit avant tout pouvoir se délecter de tous les fruits de l'esprit humain, à la lumière de la connaissance. Ainsi seulement pourra-t-il résoudre les problèmes auxquels il est confronté.


Lorca, symbole de l'intelligence persécutée

La peine, la douleur, la passion et le suicide hantent ses écrits. Des histoires d'amours contrariées ou incomprises dans 'La Savetière prodigieuse' ou 'Yerma'. Des hommes à la jalousie violente dans 'Noces de sang'. L'angoisse du temps qui passe dans 'Lorsque cinq ans seront passés'. Lorca se penche sur cette recherche existentielle du sens à donner à la vie. A travers ce travail introspectif, l'artiste chasse ses propres déchirements. Il y dissimule ses doutes et ses désirs. Notamment, comment assumer son homosexualité dans un pays où le sentiment amoureux ne peut être considéré qu'à travers le prisme d'un catholicisme acéré ? Ecoeuré, l'artiste partira d'ailleurs aérer son esprit aux Etats-Unis et à Cuba. De retour, Lorca publiera le recueil 'Poète à New York', dans lequel il évoque avec soulagement son homosexualité dans le poème 'Ode à Walt Whitman'. Néanmoins, ce mal-être persistant restera en filigrane dans bon nombre de ses créations.

Prodige aux envolées lyriques au destin tragique, le rossignol andalou est abattu en plein vol le 17 (ou 18) août 1936, près de sa Grenade, par des membres de la Falange española (3). En hommage au poète fusillé, l'écrivain et critique d'art Jean Cassou écrira : "Ce que les balles fascistes ont frappé dans cette gorge et dans ce coeur est autre chose que la simple vie d'un ennemi : c'était une des sources mêmes, une des jaillissantes fontaines de l'émotion universelle ."


L'Andalousie se meurt, l'Andalousie est morte…

Garcia Lorca laisse derrière lui une oeuvre sensuelle et engagée. Elle relie tradition et surréalisme, en revisitant une culture ancestrale pour en faire l'étendard d'un processus créatif moderne. Pourtant, son inclination sexuelle "amorale" dans une certaine mesure, son engagement intellectuel contestataire surtout ont fini par avoir raison de celui qui, avec d'autres, comme Manuel de Falla ou Picasso, ont très largement contribué à l'émergence d'un nouvel âge d'or de la création artistique espagnole. De ses vers, le poète à l'habit de lumière laisse monter le chant des vertes montagnes de sa terre grenadine, sur lesquelles semblent dévaler de blanches avalanches. Ces villages aux ruelles étroites le long desquelles les oranges viennent tenter le passant. Des oranges qui renferment leur amertume dans une enveloppe chaleureuse et sucrée. A l'image de l'artiste, enthousiaste et affectueux à l'extérieur, mais rongé en dedans par une douleur âpre et acide. Lorca n'est pas un poète andalou. Il est l'Andalousie.

...
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El peloton de verdugos
no oso mirarle a la cara.
Todos cerraron los ojos ;
Rezaron : ni Dios te salva !
...

Antonio Machado
(4)




(1) Conférence donnée par Lorca en février 1922 intitulée 'Le Cante jondo (chant andalou primitif)'.

(2) 'La Théorie et le jeu du duende'.

(3) Organisation politique espagnole paramilitaire d'extrême droite fondée le 29 octobre 1933.

(4) …/Ils tuèrent Federico/Alors que pointait la lumière./Le peloton de bourreaux/N'osa pas le regarder au visage./Tous fermèrent les yeux ;/Ils prièrent… Dieu lui-même ne te sauverait pas…


Mathieu Menossi pour Evene.fr - Août 2006
FEDERICO GARCIA LORCA
Chante, rossignol, chante !

Andalousie, passion, sang, flamenco et poésie. 70 ans que le rossignol à la plume d'or n'est plus sur sa branche et pourtant il chante et nous enchante encore de ses vers envoûtants.

Né un jour de juin 1898 à Fuente Vaqueros, le "rossignol andalou" a passé son enfance dans la province de Grenade. Poète, dramaturge, musicien et peintre, Federico Garcia Lorca a transcendé les genres pour explorer les tréfonds de son âme et de sa sensibilité andalouses. Menant son combat en faveur des plus démunis, il a puisé sa force dans sa connaissance du peuple et de sa culture. Portant très haut la bannière de l'art populaire, les yeux émerveillés, l'esprit ouvert, le coeur généreux, Lorca fait figure d'avant-gardiste, sorte de romantique décadent.


Au commencement fut la musique

La poésie de Lorca est un torrent. La musique en est son lit. Celle-là s'évertuant à porter gracieusement celle-ci. "Avec les mots, on dit des choses humaines ; avec la musique, on exprime ce que personne ne connaît ni ne peut définir mais qui existe plus ou moins fortement en chacun de nous. La musique est l'art par nature", avoue Lorca. Les murs de sa maison en sont imprégnés. Sans cesse y tourne le gramophone familial. Bercé aux sons des douces chansons inspirées de la vie rurale, Lorca éprouve très tôt sa sensibilité d'artiste. "Mon enfance a consisté à apprendre les lettres et les chansons avec ma mère, à être un enfant savant dans le village, un "autoritaire"". Bien plus tard, c'est sa rencontre et son amitié avec le guitariste Manuel de Falla qui orientera définitivement son chant vers le folklore musical de sa terre natale.


Lorca, libérateur de l'âme andalouse

Aux côtés du musicien, Lorca s'imprègne sans retenue des chansons ancestrales de son pays. Plus fort encore, de cette amitié naît l'engagement de toute sa vie : oeuvrer à la renaissance de l'expression la plus pure de l'émotion espagnole et andalouse, le flamenco. Lorca s'évertuera en permanence d'en nourrir l'ensemble de ses réalisations artistiques et de développer une nouvelle considération morale pour cette musique qu'il perçoit comme la quintessence de l'expression populaire.

Parmi les chants flamenco, il en est un plus intime, plus intérieur que les autres. Le cante jondo ou "chant profond". Lorca en parle mieux que personne : "Il s'agit d'un chant purement andalou (…). C'est profond, véritablement profond, plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le coeur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu'il est presque infini. (…). Il n'y a rien, absolument rien de comparable en Espagne, que ce soit au niveau du style, de l'atmosphère ou de la justesse de l'émotion (…)." (1)

C'est avec un ravissement non dissimulé que Lorca se laisse enivrer par son élégance authentique. Il est notamment à l'origine du premier concours de cante jondo organisé à Grenade en 1922. Il y obtient la reconnaissance des intellectuels pour ce chant jusqu'ici proscrit aux marges des langages artistiques espagnols.


Vers un art "primitif andalou"

Lorca apparaît dès lors comme l'organe vital d'une démarche artistique moderne et progressiste, consistant à (sup)porter cette expression séculaire pour en dégager les fondements d'un art "primitif andalou". Expression la plus archaïque de l'identité andalouse, le poète veut sortir le cante jondo de la marginalité et du discrédit dans lesquels il croupit depuis trop longtemps. Un retour à ses origines lui permet de justifier la gratitude légitime qu'il mérite. "Nous devons [aux tribus gitanes] la création de ces chants, âme de notre âme ; nous leur devons les gestes rituels de la race, la construction de ces chemins lyriques par lesquels s'envolent tous les maux."

Avec Federico Garcia Lorca, le flamenco acquiert une force universelle et libératrice. Son recueil 'Romancero gitan' en est l'illustration la plus accomplie. Avec ce morceau de poésie musicale, la culture populaire la plus ancestrale prend ses lettres de noblesse. Le génial rossignol transcende le flamenco en tant que musique populaire anecdotique pour en extraire un nouvel élan créateur.


Vers un nouvel état émotionnel de l'esprit créateur

Faire fi de la forme et du style au profit d'une expression artistique plus instinctive, immédiate, afin de révéler nos émotions les plus pures. Lorca s'engage alors totalement sur la voix ouverte par l'impressionnisme, prolongée par l'expressionnisme et parachevée par le surréalisme, dont il se fait un illustre représentant. Dans l'art, on ressent souvent les choses sans pour autant pouvoir les expliquer. Dans le flamenco, cette magie est le duende, sorte d'esprit follet s'invitant aux rassemblements andalous autour de la danse et des chants flamenco. Lorca met en place toute une étude à ce sujet (2). Garcia Lorca déclare le rencontrer "endormi dans les ultimes chambres du sang", là où l'émotion est à son comble et où repose l'essence pure de l'homme andalou.

Habité de ce charme mystérieux et indicible, le cante jondo est un art libre qui vit et évolue au-delà même de l'artiste. Le "cantaor" emprunte et interprète, à l'écoute de ses sensations. Mais au final, "les poèmes du cante jondo ne sont de personne." Dans ce nouvel écrin, entre conscience et subconscience, le chant primitif andalou revit et prend place au panthéon des plus grandes expressions artistiques.


Des livres et du théâtre

Cette obstination acharnée de Lorca à revaloriser la culture populaire procède d'un autre combat, plus vaste encore. Dans la république espagnole balbutiante, le grand poète de la nation défend vigoureusement le droit de chacun à accéder au savoir. En 1932, Lorca le dramaturge monte son projet de 'La Barraca', une troupe de théâtre itinérante et gratuite. De village en village, elle présente à un public populaire, le plus souvent illettré, les grandes oeuvres du répertoire espagnol. Un triomphe !

Avant d'être économiques, pense-t-il, les revendications doivent être culturelles. Du pain pour vivre, mais pas "en esclaves d'une terrible organisation de la société." Dans sa pièce de théâtre 'La Maison de Bernarda Alba', Garcia Lorca nous emmène au coeur d'un foyer andalou composé exclusivement de femmes et subissant l'autorité tyrannique de leur mère. Les quatre murs de la maison se dressent alors de toute leur hauteur, symbole de l'enfermement dont souffre la société espagnole.

Lorca veut un peuple fier de sa terre, conscient de son existence et de sa culture. Avant de prier pour qu'une pluie divine vienne arroser ses semis ou pour qu'un soleil dore généreusement ses champs de vignes, un homme doit avant tout pouvoir se délecter de tous les fruits de l'esprit humain, à la lumière de la connaissance. Ainsi seulement pourra-t-il résoudre les problèmes auxquels il est confronté.


Lorca, symbole de l'intelligence persécutée

La peine, la douleur, la passion et le suicide hantent ses écrits. Des histoires d'amours contrariées ou incomprises dans 'La Savetière prodigieuse' ou 'Yerma'. Des hommes à la jalousie violente dans 'Noces de sang'. L'angoisse du temps qui passe dans 'Lorsque cinq ans seront passés'. Lorca se penche sur cette recherche existentielle du sens à donner à la vie. A travers ce travail introspectif, l'artiste chasse ses propres déchirements. Il y dissimule ses doutes et ses désirs. Notamment, comment assumer son homosexualité dans un pays où le sentiment amoureux ne peut être considéré qu'à travers le prisme d'un catholicisme acéré ? Ecoeuré, l'artiste partira d'ailleurs aérer son esprit aux Etats-Unis et à Cuba. De retour, Lorca publiera le recueil 'Poète à New York', dans lequel il évoque avec soulagement son homosexualité dans le poème 'Ode à Walt Whitman'. Néanmoins, ce mal-être persistant restera en filigrane dans bon nombre de ses créations.

Prodige aux envolées lyriques au destin tragique, le rossignol andalou est abattu en plein vol le 17 (ou 18) août 1936, près de sa Grenade, par des membres de la Falange española (3). En hommage au poète fusillé, l'écrivain et critique d'art Jean Cassou écrira : "Ce que les balles fascistes ont frappé dans cette gorge et dans ce coeur est autre chose que la simple vie d'un ennemi : c'était une des sources mêmes, une des jaillissantes fontaines de l'émotion universelle ."


L'Andalousie se meurt, l'Andalousie est morte…

Garcia Lorca laisse derrière lui une oeuvre sensuelle et engagée. Elle relie tradition et surréalisme, en revisitant une culture ancestrale pour en faire l'étendard d'un processus créatif moderne. Pourtant, son inclination sexuelle "amorale" dans une certaine mesure, son engagement intellectuel contestataire surtout ont fini par avoir raison de celui qui, avec d'autres, comme Manuel de Falla ou Picasso, ont très largement contribué à l'émergence d'un nouvel âge d'or de la création artistique espagnole. De ses vers, le poète à l'habit de lumière laisse monter le chant des vertes montagnes de sa terre grenadine, sur lesquelles semblent dévaler de blanches avalanches. Ces villages aux ruelles étroites le long desquelles les oranges viennent tenter le passant. Des oranges qui renferment leur amertume dans une enveloppe chaleureuse et sucrée. A l'image de l'artiste, enthousiaste et affectueux à l'extérieur, mais rongé en dedans par une douleur âpre et acide. Lorca n'est pas un poète andalou. Il est l'Andalousie.

...
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El peloton de verdugos
no oso mirarle a la cara.
Todos cerraron los ojos ;
Rezaron : ni Dios te salva !
...

Antonio Machado
(4)




(1) Conférence donnée par Lorca en février 1922 intitulée 'Le Cante jondo (chant andalou primitif)'.

(2) 'La Théorie et le jeu du duende'.

(3) Organisation politique espagnole paramilitaire d'extrême droite fondée le 29 octobre 1933.

(4) …/Ils tuèrent Federico/Alors que pointait la lumière./Le peloton de bourreaux/N'osa pas le regarder au visage./Tous fermèrent les yeux ;/Ils prièrent… Dieu lui-même ne te sauverait pas…


Mathieu Menossi pour Evene.fr - Août 2006

 

Federico Garcia Lorca
Imprimer la chanson Federico Garcia Lorca de Jean Ferrat à partir d'une fenêtre en mode texte et sans publicité  :-) Envoyer le texte Federico Garcia Lorca de Jean Ferrat à un ami

 

Paroles: C.H. Vic. Musique: Jean Ferrat   1968  "Jean Ferrat - Vol.1 (1999)"

Les guitares jouent des sérénades
Que j'entends sonner comme un tocsin
Mais jamais je n'atteindrai Grenade
"Bien que j'en sache le chemin"

Dans ta voix
Galopaient des cavaliers
Et les gitans étonnés
Levaient leurs yeux de bronze et d'or
Si ta voix se brisa
Voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore
Federico García

Voilà plus de vingt ans, Camarades
Que la nuit règne sur Grenade

Il n'y a plus de prince dans la ville
Pour rêver tout haut
Depuis le jour où la guardia civil
T'a mis au cachot

Et ton sang tiède en quête de l'aurore
S'apprête déjà
J'entends monter par de longs corridors
Le bruit de leurs pas

Et voici la porte grande ouverte
On t'entraîne par les rues désertées
Ah! Laissez-moi le temps de connaître
Ce que ma mère m'a donné

Mais déjà
Face au mur blanc de la nuit
Tes yeux voient dans un éclair
Les champs d'oliviers endormis
Et ne se ferment pas
Devant l'âcre lueur éclatant des fusils
Federico García

Les lauriers ont pâli, Camarades
Le jour se lève sur Grenade

Dure est la pierre et froide la campagne
Garde les yeux clos
De noirs taureaux font mugir la montagne
Garde les yeux clos

Et vous Gitans, serrez bien vos compagnes
Au creux des lits chauds
Ton sang inonde la terre d'Espagne
O Federico

Les guitares jouent des sérénades
Dont les voix se brisent au matin
Non, jamais je n'atteindrai Grenade
"Bien que j'en sache le chemin"

Partager cet article

Repost 0
Published by René - dans LES POETES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Entre le rêve et la réalité
  • Entre le rêve et la réalité
  • : Ma poésie, mes rêves, mes espérances
  • Contact

Texte Libre

Chers amis et visiteurs, Merci de me faire part de vos impressions dans la rubrique "commentaires" de chaque article.Conseillez mon site à vos parents et amis et Revenez me voir chaque jour, il y aura du nouveau!.. 
A noter que seul les commentaires rédigés dans le respect de la langue française ou dans la langue du pays d'origine du commentateur seront publiés. les commentaires en  langage texto ne sont pas autorisé sur ce blog et seront donc éliminés.

 Je voudrais dédier ma poésie à Monsieur Vaysse, mon professeur de français à l'école Jean Jaurès de Charenton le Pont  en 1959 (5ème technique). Il fut mon  véritable initiateur à la poésie Sans qui, je n'aurais peut-être jamais rien écris...

 

L'ensemble du blog est couvert par le copyright, je rappelle que toute copie est strictement interdite et illicite et les contrevenants courent le risque de poursuites
et ce conformément aux articles 111 et 121 du code de la propriété intellectuelle. Pour plus d'informations
cliquez ici.

 

 

Recherche

MES ETATS D'ÂME

Découvrez la playlist FERRAT 2 avec Jean Ferrat

 

 
Semur en Auxois(21140)
Cité médiévale
Ancienne place forte
des ducs de Bourgogne
 
ecologie 
 
 
VOUS ÊTES le
 Hit Counter ème
 
AMI ET VISITEUR
 

 

 

 
 

 

 

 N'OUBLIEZ JAMAIS L'HORREUR DE LA BARBARIE NAZIE

LA BÊTE IMMONDE

  EST ENCORE VIVANTE, LA PESTE BRUNE REVIENT.

REMEMBER YOU! SOUVENEZ-VOUS!

"Celui qui oublie le passé est condamné à le revivre"

Voici où risque de vous mener une attitude laxiste face à la montée de l'extrême droite, de la xénophobie et du fascisme

-------------------------------

Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître.

Ils achètent des choses

 toutes faites chez les marchands.

Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis.

(Antoine de St Exupéry) 

 

 

 
 

"On ne vois bien

qu'avec le coeur,

l'important est invisible

 pour les yeux."

St Exupery

Archives

Mes citations

  web compteur

 

 

 

 

Je suis pour les ardents, les passionnés.

Ils sont la fleur de la vie, le sel de la terre.

o0o0o0o0o

 

Celui qui aime est plus doux,

plus tolérant à l'égard d'autrui!

 

 

 
 

Articles Récents