Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 00:00
Victor HUGO (1802-1885)
(Recueil : Les contemplations)

 Les Ancolies (Photo poète21)

 

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d'un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l'écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l'algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l'ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l'habitant tranquille
De la foudre et de l'ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l'étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n'es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c'est-à-dire problème,
Et femme, c'est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l'ange pensif !

Sois l'aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l'aurore ;
C'est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j'erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m'aimes,
Et que, la nuit, à l'horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l'atome
Ressemblant à l'immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L'onde à l'homme, l'ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l'astre étoilant l'infini !

Parfois, comme au fond d'une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l'Inconnu d'où tombe
Le pur baiser de l'Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l'arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu'on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m'appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L'esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j'habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l'ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d'où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J'entrevois les choses divines... -
Complète l'apparition !

Viens voir le songeur qui s'enflamme
A mesure qu'il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d'où l'esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s'éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d'être sur cette terre,
Je sens que jadis j'ai plané ;
J'étais l'archange solitaire,
Et mon malheur, c'est d'être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d'un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C'est de pendre aux deux éléments,
C'est d'avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c'est d'être un homme ;
C'est de songer que j'étais beau,
D'ignorer comment je me nomme,
D'être un ciel et d'être un tombeau !

C'est d'être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C'est de porter la hotte humaine
Où j'avais vos ailes, mon Dieu !

C'est de traîner de la matière ;
C'est d'être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m'écrie : Amour !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

MichÚle 12/11/2005 14:29

très symbolique! comme tout Victor Hugo.
à décrypter...

Présentation

  • : Entre le rêve et la réalité
  • Entre le rêve et la réalité
  • : Ma poésie, mes rêves, mes espérances
  • Contact

Texte Libre

Chers amis et visiteurs, Merci de me faire part de vos impressions dans la rubrique "commentaires" de chaque article.Conseillez mon site à vos parents et amis et Revenez me voir chaque jour, il y aura du nouveau!.. 
A noter que seul les commentaires rédigés dans le respect de la langue française ou dans la langue du pays d'origine du commentateur seront publiés. les commentaires en  langage texto ne sont pas autorisé sur ce blog et seront donc éliminés.

 Je voudrais dédier ma poésie à Monsieur Vaysse, mon professeur de français à l'école Jean Jaurès de Charenton le Pont  en 1959 (5ème technique). Il fut mon  véritable initiateur à la poésie Sans qui, je n'aurais peut-être jamais rien écris...

 

L'ensemble du blog est couvert par le copyright, je rappelle que toute copie est strictement interdite et illicite et les contrevenants courent le risque de poursuites
et ce conformément aux articles 111 et 121 du code de la propriété intellectuelle. Pour plus d'informations
cliquez ici.

 

 

Recherche

MES ETATS D'ÂME

Découvrez la playlist FERRAT 2 avec Jean Ferrat

 

 
Semur en Auxois(21140)
Cité médiévale
Ancienne place forte
des ducs de Bourgogne
 
ecologie 
 
 
VOUS ÊTES le
 Hit Counter ème
 
AMI ET VISITEUR
 

 

 

 
 

 

 

 N'OUBLIEZ JAMAIS L'HORREUR DE LA BARBARIE NAZIE

LA BÊTE IMMONDE

  EST ENCORE VIVANTE, LA PESTE BRUNE REVIENT.

REMEMBER YOU! SOUVENEZ-VOUS!

"Celui qui oublie le passé est condamné à le revivre"

Voici où risque de vous mener une attitude laxiste face à la montée de l'extrême droite, de la xénophobie et du fascisme

-------------------------------

Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître.

Ils achètent des choses

 toutes faites chez les marchands.

Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis.

(Antoine de St Exupéry) 

 

 

 
 

"On ne vois bien

qu'avec le coeur,

l'important est invisible

 pour les yeux."

St Exupery

Archives

Mes citations

  web compteur

 

 

 

 

Je suis pour les ardents, les passionnés.

Ils sont la fleur de la vie, le sel de la terre.

o0o0o0o0o

 

Celui qui aime est plus doux,

plus tolérant à l'égard d'autrui!

 

 

 
 

Articles Récents