Ma poésie, mes rêves, mes espérances
| Articles de presse - Le Canard enchaîné - 31/05/06 | |
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Le fromage et les Mirage contre les ordures Un front commun inédit : le syndicat du fromage d'Epoisses et l'armée de l'air font cause commune contre un projet d'implantation d'une mégadécharge de déchets industriels et ménagers au coeur d'une des contrées les plus belles de la Bourgogne, l'Auxois, qui regorge de châteaux médiévaux, d'abbayes classées et d'églises romanes... Cela fait deux ans que le Syndicat mixte des déchets de haute Côte-d'Or a jeté son dévolu sur un terrain de 50 hectares situé sur la commune de Vic-de-Chassenay, à 3 km seulement de la cité médiévale de Semur-en-Auxois et de son secteur sauvegardé, afin d'y implanter un centre de stockage des déchets ultimes de classe II d'une capacité de 80 000 tonnes par an. Avec l'appui actif du conseil général de Côte-d'Or et du préfet de Région de Bourgogne, qui a signé deux décrets autorisant l'exploitation le 13 mars... Or, dans deux études datant de juin 2005, le Syndicat de défense de l'époisses et la société Berthaut, son principal fabricant, expliquent que la décharge risque de contaminer leur fromagerie, située dans le bled d'Epoisses, à 4 km seulement, ainsi que toute la filière de production de lait, ce qui pourrait leur faire perdre l'AOC décrochée en 1991, avec 75 emplois à la clé. Fabriqué par les moines cisterciens dès le XIVe siècle, le «roi des fromages» a pourtant fait les délices de Brillat-Savarin comme de Paul Valéry, qui comparait son fumet aux «pieds de Dieu» ! Cette décharge géante est aussi dans le collimateur des militaires, car elle est située dans le couloir aérien très réglementé LFR 45 Sud, réservé aux entraînements à grande vitesse et à très basse altitude. Or la prolifération de corbeaux et de rapaces qu'entraîne immanquablement toute décharge fera courir un grave danger aux pilotes, aux Mirage 2000 et aux populations locales, comme l'a signifié en termes très nets l'état-major de l'armée de l'air au préfet, qui est passé outre. A la tête de la mobilisation locale, l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de l'Auxois, forte de 800 membres et de 5 000 signatures de soutien, avance également que la nappe phréatique, située à 2,40 m sous le sol, serait directement menacée d'une contamination qui pourrait rejaillir sur le bassin de l'Armançon voisin. Courant 2005, des référendums d'initiative populaire ont été également organisés dans six communes avoisinantes, donnant des résultats écrasants : plus de 90% des habitants sont contre l'implantation de la décharge. Sauf à Semur-en-Auxois, principale commune intéressée, dont le maire PS, Michel Meugnot, est un ardent partisan de la décharge et refuse d'organiser semblable consultation. Bizarre refus, car ledit Meugnot est précisément vice-président de la Région Bourgogne, chargé de la «démocratie participative», ce concept cher à Ségolène Royal ! Ce bouillant édile, également patron du PS en Côte-d'Or, n'a pas hésité, l'été dernier, à aller décrocher lui-même des bannières contre la décharge sur la propriété privée de ses administrés ou à bousculer à l'occasion ses opposants locaux. Tout en se disant lui-même victime de lettres anonymes... Envoyées par un des corbeaux qui tourneront bientôt au-dessus de sa chère décharge ? David Fontaine - Le Canard enchaîné |