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Ma poésie, mes rêves, mes espérances

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A mon dernier Amour (ZOLA)

A MON DERNIER AMOUR
 

Hier, enfant, tu m'as dit d'une voix inquiète, 
Souriant et boudant, te penchant dans mes bras: 
« Toi qui chantes pour tous, infidèle poète, 
« Sur nos jeunes amours ne chanteras-tu pas?

 

« Tu fais métier d'écrire et sèmes ta parole. 
« Dis? que ne m'offres-tu ces bouquets que ta main 
« Effeuille sur la route, insouciante et folle. 
« Je veux glaner les fleurs que tu perds en chemin.

 

« Je me fâche, je veux que mon regard t'inspire, 
« Que tu chantes mon cœur qui bat pour toi. Je veux 
« Que tu dises à tous le miel de mon sourire, 
« Et me lises tes vers en baisant mes cheveux. 

« Va rimer nos amours, dans le silence et l'ombre. 
« Je te donne un pensum et te mets en prison. 
« Va chercher sur tes doigts la césure et le nombre, 
« Et reviens, m'apportant aux lèvres ma chanson. » 

 

Tu le vois, j'obéis, et penché sur ma table, 
Pâle, pressant mon front, ayant de l'encre aux mains, 
Mon enfant, je me donne un mal épouvantable, 
J'accouche avec labeur de ces quelques quatrains. 

J'ai froid. Tu n'es plus là pour me dire: Je t'aime. 
Ce papier blanc est bête et me rend soucieux. 
Lorsque de nos amours j'écrirai le poème, 
Je préfère l'écrire en baisers sur les yeux. 

 

Eh bien! non, mon enfant, je t'aime et je refuse. 
Je sais trop ce que vaut l'once de ce parfum, 
Je n'invoquerai pas cette fille de Muse 
Qui vend au carrefour de l'encens pour chacun. 

 

Je ne t'appellerai ni Manon ni Musette, 
Et j'aurai le respect sacré de notre amour. 
La Laure de Pétrarque est un rêve, et Ninette 
Est l'idéale enfant du caprice d'un jour. 

Je n'imiterai pas les faiseurs d'acrostiches, 
Et, tout au fond de moi, je garderai ton nom. 
Jamais je ne voudrai joindre deux hémistiches, 
Pour enrouler mon cœur autour d'un mirliton.

 

Il est de ces amours, banales et vulgaires, 
Qu'un poète menteur drape d'un manteau d'or. 
Il est, dans le ciel bleu, des amours mensongères, 
Que riment à seize ans les coeurs vides encor.

 

Mais il est des amours profondes, des tendresses 
Qui forcent les amants à se parler tout bas, 
Emplissant les baisers de leurs âpres ivresses: 
Ces amours, on les vit, on ne les rime pas. 

 

Nos poèmes à nous, c'est, notre douce vie, 
C'est l'heure, chaque soir, passée à ton côté, 
Ce sont nos nuits de mai, mon rire et ta folie, 
Nos puissantes amours dans leur réalité.

 

Toujours nous augmentons l'adorable poème. 
La page, plaise à Dieu, jamais ne s'emplira. 
J'y vais chaque matin écrire: Mon cœur t'aime, 
Et je mets au-dessous: Demain, il t'aimera.

 

Voici tes vers, enfant. Je veux, en récompense, 
Que tu me laisses faire un chant à ma façon. 
Je te prends doucement dans mes bras, en silence: 
Mes baisers deux à deux vont rimer leur chanson. 

 

Écoute-les chanter sur ton front, sur tes lèvres. 
Ils ont le rythme, d'or des amoureux concerts. 
Ils bavardent entre eux, contant leurs douées fièvres...  J'ai toujours des baisers, je n'aurai plus de vers. 

" Je suis né le 02 avril 1840 d'un père natif de Venise et d'une mère française, originaire de la Beauce - je suis né ici à Paris, en plein centre d'un des quartiers populaires. Mon père était ingénieur et réalisa quelques grands travaux de canalisation dans la région d'Aix, près de Marseille, où il mourut en 1847. J'ai grandi en Provence de l'âge de 3 ans jusqu'à l'âge de 18 ans et j'ai commencé mes études au collège de la ville d'Aix. Revenu à Paris en 1858, j'ai connu une période de grande misère. J'ai terminé mes études secondaires au lycée Saint-Louis et passé quelques temps à fainéanter avec l'insouciance d'un poète. En 1862, je suis rentré à la Librairie Hachette, jusqu'en 1866, époque où je me suis lancé dans le journalisme.

Il y a déjà dix ans que je vis de ma plume, plutôt mal que bien. On me conteste violemment, on ne me reconnaît souvent pas le moindre talent et je gagne bien entendu moins d'argent que ceux qui écrivent des feuilletons des journaux. Il y a quatre ans seulement que j'ai pu cesser tout à fait de collaborer à des journaux, où je m'attirais des désagréments par mes manières et je me suis définitivement enfermé chez moi pour écrire mes romans.

Je vis très à l'écart, dans un quartier éloigné, au fin fond des Batignolles. J'habite une petite maison avec ma femme, ma mère, deux chiens et un chat. Si quelqu'un passe me voir le jeudi soir, il s'agit surtout d'amis d'enfance qui sont presque tous des Provençaux. Je sors le moins possible. Comme écrivains, je ne fréquente que Flaubert, Goncourt et Alphonse Daudet. Je me suis éloigné de tout, exprès, pour travailler le plus tranquillement possible. Je travaille de la manière la plus bourgeoise. Mes heures sont fixées : le matin, je m'assieds à ma table, comme un marchand à son comptoir, j'écris tout doucement, en moyenne trois pages par jour, sans recopier : imaginez-vous une femme qui brode de la laine point par point ; naturellement je fais des fautes, quelques fois je rature, mais, je ne mets ma phrase sur le papier que lorsqu'elle est parfaitement disposée dans ma tête. Comme vous voyez, tout ceci est extraordinairement ordinaire. Je crains qu'une telle révélation ne fasse tort dans l'esprit de vos auditeurs, au personnage effrayant qu'ils imaginent que je suis. Mais en réalité, tous les véritables travailleurs à notre époque doivent être par nécessité des gens paisibles, éloignés de toute pose et qui vivent en famille, comme n'importe quel notaire d'une petite ville.

Que vous dire encore ? Mes Rougon-Macquart auront vingt tomes et actuellement je travaille sur le septième, un roman qui embrassera le monde des ouvriers parisiens. J'ai déjà beaucoup travaillé et j'ai encore devant moi beaucoup de travail. Pour moi, la vie toute entière se résume dans le travail. Je ne compte pas, même dans dix ou quinze ans, être compris et reconnu en France. On répand sur mon compte des absurdités de toute sorte. De plus, la haine des écoles littéraires est trop forte pour qu'on me rende justice et la politique fait maintenant chez nous tellement de bruit que les livres passent tout à fait inaperçus. Ca ne fait rien ! Il faut seulement produire. Quand je suis content de ma journée, le soir, je joue aux dominos avec ma femme et ma mère. J'attends ainsi plus facilement le succès.

Je juge presque superflu d'ajouter que je ne me connais qu'un vice : j'aime bien manger. Mais un tel aveu peut sembler vaniteux. Jugez-en vous-même, pouvez-vous expliquer par tout ceci mes romans ? Un dernier détail : je suis très nerveux, le travail prolongé m'irrite et me tue. Parfois, je suis obligé de m'arrêter quelques semaines parce que mon cœur commence à battre de manière effrayante. Si je n'écrivais pas mes livres, j'aimerais être un petit propriétaire quelque part dans un village et respirer librement le grand air.

Corrigez tout ceci. Je voulais seulement donner des faits et des chiffres. Au fond, dans l'art, je n'ai qu'une passion : la vie. Je suis dévoué avec l'amour à la vie actuelle, à toute mon époque.

(Article paru dans les Annales de la Patrie, 1876)

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D
Merci René de m'avoir permis de découvrir ce si beau poème d'Emile Zola et de pouvoir en apprécier chaque parole, ainsi que cet article paru dans les Annales de la Patrie. Bien entendu j'ai lu toute la série des Rougon-Macquart il y a maintenant quelques dizaines d'années. J'ai toujours pensé qu'un jour je les relirai mais la vie ne m'a pas fait de cadeaux. Dans toutes ces années de souffrance et de désespoir, je n'en ai pas eu le courage ni même l'envie. Amicalement. Danielle
Répondre
R
Merci Danielle, moi aussi j'aime Zola beaucoup mais comme toi je n'ai jamais eu ni le temps ni le courage de tout lire bien qu'ayant la collection. J'espère que ce sera chose faite avant de tirer ma révérence.. Tu n'as pas laissé ton mail mais tu peux m'ecrire à poete21@numeo.fr et peut-être nous trouverons une solution pour l'impression de ce texte...Bien à Toi