Ma poésie, mes rêves, mes espérances
THÉRÈSE OBRECHT HODLER, Secrétaire générale RSF suisse
Plusieurs voyages à Tchernobyl m'ont vaccinée contre les interprétations lénifiantes de cette explosion et la tentation de croire que «cela ne pouvait arriver que là-bas», qu'après tout on a besoin du nucléaire, «l'énergie la plus propre qui soit». J'ai forcément été frappée par l'annonce, ce dimanche, du quotidien britannique «The Independent» qu'un bateau était sur le point de transporter des grandes quantités de plutonium militaire sur des centaines de kilomètres, depuis la centrale de Sellafield jusqu'en France. Il s'agirait d'une poudre de dioxide de plutonium, terriblement toxique et idéale pour la fabrication de bombes sales. La semaine passée, la Royal Society, première institution scientifique de Grande-Bretagne, a encore relevé la «menace potentielle du terrorisme nucléaire». On sait qu'Al-Qaïda est à la recherche de matériel fissile pour fabriquer une bombe nucléaire.
Ce transport à haut risque est dû à un problème intervenu à Sellafield dans la production de combustible nucléaire sur la base d'oxydes de plutonium et d'uranium. La centrale britannique a dû appeler au secours son concurrent français Cogema. Des détails sur ce cargo très spécial doivent rester secrets pour des raisons évidentes, mais il paraîtrait que le bateau utilisé n'offre pas de sécurité particulière. Contrairement à 1999, lorsque du combustible nucléaire était transporté de Sellafield au Japon dans deux bâtiments à double fond, possédant deux moteurs en cas de panne et dotés d'armes performantes en cas d'attaque. A Sellafield on fait valoir un argument à couper le souffle: puisque moins de matériel fissile sera transporté sur une distance plus courte qu'en 1999, on a eu recours à un bateau moins sécurisé, avec quand même à bord quelques policiers armés...
Combien de fois, les lobbies nucléaires vont-ils nous ressortir cette logique qui tue, dans le sens littéral du terme? J'ai eu une pensée pour ces scientifiques ukrainiens qui, vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, continuent d'en traquer les conséquences en pleine zone contaminée, avec les moyens du bord et des salaires de misère. Par exemple en examinant les mutations génétiques sur des générations de souris. Pour ces chercheurs, tout cela ne fait que commencer et touche l'humanité dans son ensemble. Ils comprennent d'autant moins pourquoi le reste du monde ne s'y intéresse guère.